Editeur : Ecole des loisirs (édition prestige) 292 pages
Public : dès 8 ans
Résumé :
Ferdinand est une taupe âgée atteinte de la « maladie qui oublie-tout ». Il demande à son ami libraire, le renard prénommé Archibald de l’aider à retrouver son livre autobiographique pour pouvoir retrouver sa bien-aimée Maude disparue de sa vie il y a plusieurs années. Ainsi dans ce premier tome, nous suivons les aventures des deux amis à travers la forêt sur les traces du passé de Ferdinand.
Mon Avis :
Cette œuvre aborde avec beaucoup de poésie et de tact une thématique difficile qui est la maladie d’Alzheimer. Archibald va devoir composer pour gérer la maladie de son ami au quotidien. Malgré la maladie, la solitude et la perte d’un être cher, l’ouvrage reste une œuvre positive car elle véhicule des valeurs de solidarité, de bienveillance et d’espoir. On y trouve aussi de nombreuses expressions sur le thème de la forêt.
J’apprécie également les illustrations en couleurs très douces de Sanoe présentes dans l’édition prestige, le marque page doré et les passages en vert ajoutés pour ceux qui connaissant déjà la collection.
Citations :
« Il n’y a pas de plus belle aventure que celle qui se termine mais il est quand même très difficile de dire aurevoir. »
« L’audace, ce n’est pas de se forcer à faire ce que l’on n’aime pas faire, c’est d’avoir le courage de changer les choses. »
En 1976 , le père de l’auteur décide de rouvrir la maison familiale à La Bassée dans le Nord, celle-ci est restée inhabitée depuis 20 ans. Cette visite fait resurgir de nombreux souvenirs d’enfance à l’auteur et l’invite à reconstituer et comprendre l’histoire si sombre de ses ancêtres et le poids de cet héritage sur sa propre vie.
Laurent remonte jusqu’à son arrière-arrière-grand-mère qui vivait dans la première moitié du 20ème siècle. Nous suivons la vie difficile de 3 générations de femmes « Marie-Jeanne » la mère blasée et rigide, « Marie Ernestine » la musicienne amoureuse contrariée et « Marguerite » la petite fille mal aimée un peu trop libre pour son époque . Cet ouvrage aborde la condition des femmes dans la première moitié du 20ème siècle. Souvent victimes du patriarcat, de violences conjugales dans le cadre de mariages arrangés, des ravages de la guerre sur les hommes et de la morale catholique bien tenace. Ce n’est pourtant pas une œuvre féministe. Les femmes sont souvent victimes mais peuvent aussi faire preuve de cruauté envers leurs pairs dans une logique de transmission .
Mon avis
Encore une saga familiale, me direz-vous. Il y en a eu beaucoup cette année ! Mais celle-ci sort du lot et mérite vraiment son prix littéraire. Laurent Mauvignier tente de combler les non-dits et les secrets de famille par son interprétation des faits au regard des événements historiques et de la psychologie des personnages. Il s’agit là d’une vraie réflexion sur le devoir de mémoire de la famille et des tabous liés à la morale de l’époque. L’écriture proustienne de l’auteur nous décrit avec poésie et précision la naissance et l’évolution des sentiments des personnages avec toutes leurs contradictions. Son écriture très descriptive et basée sur l’introspection des personnages reste cependant très dynamique et vivante car elle sait nous tenir en haleine avec de nombreux dialogues et de nombreuses péripéties. Un ouvrage volumineux mais qui se lit très vite. La maison pourrait aussi figurer parmi les personnages de l’histoire car témoin des bonheurs et des horreurs d’une famille. Elle reste immuable dans le temps tandis que des générations d’hommes ne font qu’y passer.
Citations
« Le matin, l’air est doux, presque frais, baigné par des parfums de fleurs sauvages et par ceux de l’herbe coupée des fossés, mais aussi par la rosée et la lumière dorée et timide qui caresse la surface des champs et des arbres ; l’air est pur – fouillis bleu et jaune grêlé d’abeilles et d’insectes –, tout vibre, ici elle respire, tout le contraire des murs austères du couvent. »
« Ce monde, je pars de sa disparition pour le reconstituer, peut-être à l’aveugle, en prenant trop de libertés, mais avec la conviction que je le fais dans le bon sens, comme à partir d’un fémur fossilisé le squelette d’un animal préhistorique que personne n’a jamais vu. »
« Depuis qu’il possède, il découvre la peur de perdre.»
« La médiocrité se vexe assez vite des élans de la joie pure.»