Trencadis de Caroline Deyns (2020) chez Quidam

Résumé

L’autrice propose de retracer la vie de Niki de Saint Phalle, artiste engagée et torturée des années 1960 par le biais de différents témoignages dont celui de Niki elle-même.

Mon avis

Par son style très composite Caroline Deyns a voulu, tel un trencadis (mosaïque catalane), partir de la vie chaotique de l’artiste pour aller vers une brillante composition porteuse de sens. Il est difficile de classer cette œuvre car elle mêle plusieurs voix, du récit, des témoignages et des calligrammes. A la manière de Niki faisant saigner ses peintures avec sa carabine, l’autrice avec sa plume, mêle des métaphores percutantes avec une syntaxe parfois minimaliste, ce qui peut être déroutant. Mais n’était-ce pas le projet de Niki de nous sortir des sentiers battus avec ses tableaux dégoulinants de peinture, ses statues plantureuses et parfois provocantes et son jardin des tarots.

Très bien documentée, Caroline Deyns décrit avec style le cheminement intérieur de l’artiste. En effet, celle-ci éprouva beaucoup de colère contre la société, contre l’art et contre les hommes comprenant son père incestueux. En se réalisant à travers son art avec l’aide de son mari Jean Tinguely, elle réussit à exorciser ses démons pour enfin trouver l’apaisement. Cet ouvrage rend véritablement hommage à l’artiste qui a sû faire de sa vie dissolue une œuvre majeure pleine de vie, de rire et de mouvement.

Citations de Niki de Saint Phalle

“J’imaginais la peinture se mettant à saigner. Blessée de la manière dont les gens peuvent être blessés. Pour moi la peinture devenait une personne avec des sentiments et des sensations.”

“En tirant sur moi, je tirais sur la société et ses injustices. En tirant sur ma propre violence, je tirais sur la violence du temps. ”

“J’ai eu la chance de rencontrer l’art parce que j’avais, sur un plan psychique, tout ce qu’il fallait pour devenir une terroriste. ”

“Nous avons bien le Black Power, alors pourquoi pas le Nana Power ? Le communisme et le capitalisme ont échoué. Je pense que le temps est venu d’une nouvelle société matriarcale. ”

« J’aime le rond.
J’aime le rond, les courbes, l’ondulation,
le monde est rond, le monde est un sein.
Je n’aime pas l’angle droit, il me fait peur. »

« J’ai appris à travers mon art à apprivoiser les choses qui m’effraie ». 

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